Dans le cadre du programme financé par l’Institut français d’islamologie « Tafukt n ddin : renouveler la compréhension des pratiques de l’islam par ses marges, du fonds Roux au fonds Si Brahim al Kunki et al. », un enrichissement de la description du fonds est en cours qui bénéficie à l’équipe projet mais aussi à celles et ceux qui utiliseront ce fonds désormais accessible sur la plateforme Calames.
Cette biographie s’appuie sur l’autobiographie de Si Lahcen l’un des collaborateurs d’Arsène Roux, mentionnée dans le manuscrit MS_193, ainsi que sur l’ouvrage Kitāb al-Maʿsūl de Mokhtar Soussi. Elle donne un aperçu du système traditionnel d’éducation religieuse et savante au Maroc au début du XXe siècle : un enfant peut ainsi passer par une dizaine d’écoles et de maîtres différents allant de la zaouïa familiale jusqu’à la Qaraouiyine de Fès avant de devenir à l’âge adulte pacha et en fin de carrière être nommé à la tête de la bibliothèque royale du roi du Maroc.
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Si Lahcen naît au village d’El Maader, à côté de la ville de Tiznit, dans le Souss, en 1910. Il apprend les fondements de la religion et du Coran chez un enseignant de leur zaouïa, avec le reste des enfants.
Son père décide qu’ils iront, lui et ses frères cadets, à l’école de Bounaamane, dans la tribu des Ait Braim, là où enseignent son père ainsi que les disciples de la confrérie Darqaouiya. Là-bas, un enseignant privé leur est assigné par leur père dans une salle de l’école, où ils étudient pendant une longue période. Leur père décide ensuite de les envoyer étudier chez un professeur de grande réputation à Tlat Ouchen pour y acquérir une éducation mixte , ils y étudient le Coran, puis se dirigent vers Agrour, chez un autre enseignant. Ils y perfectionnent l’étude du Coran avant de repartir près de Bounaamane, à Douar Igourramen, chez un enseignant qui leur apprend la poésie. Ils y terminent leur étude du Coran.
La fratrie intègre ensuite l’école de Bounaamane en tant qu’étudiants. Leur père leur assigne un enseignant dont il a été l’élève. Ils y apprennent les fondements de la religion ainsi que la grammaire arabe à travers Ibn ‘Ashir et al-Ajrumiyya ainsi qu’un grand nombre de poèmes, tels que l’Alfiyya d’Ibn Malik, la Lāmiyyat al-Afʿāl, le Nazm al-Jamal, le poème Bānat Suʿād et d’autres encore ; ils étudient aussi l’oeuvre d’ Ibn Abî Zayd Al-Qayrawânî, ar-Risāla.
Après cela, ils commencent à assister aux cours dispensés par leur père. Le matin est consacré à l’étude de Mukhtasar Khalil et le cours sur Tuhfat al-Hukkam, en jurisprudence malékite; l’après-midi, c’est le cours des Maqamat al-Hariri, cours de langue et de littérature. Ponctuellement, ils étudient l’exégèse coranique auprès de son père, comme il est de coutume dans les écoles du Souss.
En 1924, Si Lahcen souhaite aller ailleurs pour étudier auprès d’autres savants qui rayonnent dans les sciences et les savoirs, notamment la langue et la littérature, son domaine de prédilection. Il se dirige vers la ville de Taroudant, où il étudie brièvement chez Muhammad ibn al-Hajj al-Yafrani, qui y est juge adjoint. Il se dirige ensuite vers Tiout, où il apprend peu de droit islamique mais se tourne vers la littérature, la poésie et les arts, auprès de Dawud ibn Abd al-Mounim ar-Rasmuki (1892-1969), un érudit qui a accompagné Ahmad al Hiba à Marrakech en 1912 pour combattre l’armée française.
Il intègre alors l’école d’Ighlalen, à côté d’Agadir, auprès de l’enseignant Haj Massoud al-Wafqaoui (m.1946) . Bien qu’il y étudie la jurisprudence et la grammaire, il reste toujours attaché à la littérature.
Il intègre ensuite l’école d’Oukhrib, dans la tribu Ait Belfaa, à Chtouka, chez l’enseignant Cheikh Mbarek ibn Massoud al-Baaqili, qui lui enseigne la grammaire, la jurisprudence, la littérature et le hadith. Son compagnon d’étude est le fils de ce dernier, al-Hassan ibn Mbarek, avec lequel il étudie aš-šamaqmaqiyya, al-Mutanabbi et d’autres recueils de poèmes.
Il se rend par la suite à Marrakech, où il étudie la logique et la grammaire chez Bouchaib ash-Shaoui. Il assiste aussi à d’autres cours chez d’autres enseignants, avant d’aller à Fès, où il intègre la Qaraouiyine et étudie chez de grands savants, comme Idris al-Ouazzani, qui est imam de l’école Bouanania. Après avoir reçu des enseignements pris des nombreux érudits présents à Fès, il retourne à Marrakech, où il se consacre à la lecture et à la composition.
En 1936, il intègre l’école Moulay Youssef à Rabat en tant qu’enseignant de la langue arabe, où il rencontre Arsène Roux, qui en est le directeur. La relation entre les deux hommes est peu documentée.
En 1956, le roi Mohammed V le nomme pacha de la ville d’Agadir. En 1961, le roi Hassan II le nomme à la tête de la Bibliothèque royale, au palais royal de Rabat, poste qu’il occupe jusqu’à sa retraite. Il s’installe alors à Agadir, où il demeure jusqu’à sa mort, survenue le 16 février 1982.
Carte des lieux mentionnés (Source: Google maps) :
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Légende :
A: El Maader ; B: Ecole de Bounaamane ; C: Tlat Ouchen ; D: Agrour ; E: Igramen ; F: Taroudant ; G: Tiyout ; H: Ighlalen ; I: Oukhrib
Références bibliographiques :
- Manuscrit MS_193
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Al-Mukhtār al-Sūsī, Kitāb al-Maʿsūl, vol. 13, p. 152-187.
Crédits photographiques de l’image mise en avant : Si Lahcen (en blanc) lisant un message royal en 1956, à sa gauche (en veste) se tient le gouverneur d’Agadir Sefrioui, pas de photographe cité, droits réservés (Source : http://mfd.agadir.free.fr)
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OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Redha Radoua (4 septembre 2026). Biographie d’un érudit marocain né à l’aube du XXème siècle, Si Lahcen. Archives de la recherche & Phonothèque de la MMSH. Consulté le 17 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16q7v
