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Le chercheur et ses sources sonores et audiovisuelles : introduction de la journée par Florence Descamps

Les Carnets de Plozarch viennent de publier un compte-rendu de la journée du 30 novembre qui a eu lieu sur le thème “Le chercheur et ses sources sonores et audiovisuelles”. Les actes de ces journées seront publiés au format électronique au deuxième trimestre 2011, sur le site en cours de gestation du Pôle image, son, pratiques du numérique – un programme transversal de la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme (MMSH). Pour vous faire patienter, nous vous présentons une lecture de l’introduction de ces journées prononcée par Florence Descamps, maître de conférence en histoire à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes qui anime un séminaire sur l’histoire orale et les archives sonores et audiovisuelles.


En ouverture de séance, je tiens à remercier les organisateurs de cette journée d’étude, la MMSH d’Aix et la MSH de Nice, et plus particulièrement Véronique Ginouvès, responsable de la Phonothèque de la MMSH, qui avec le dynamisme qu’on lui connaît trace son sillon en matière d’archives sonores et de témoignages oraux, et fait fructifier l’héritage de l’antique CREHOP des origines. J’en veux pour preuve la fidélité et la régularité avec laquelle elle réunit tous ceux des SHS qui s’intéressent à la source orale ; les journées d’étude qu’elle a organisées à la MMSH sont autant de bornes-témoins du chemin parcouru en matière de sources orales, auxquelles, vous l’aurez noté, s’ajoutent maintenant les sources audiovisuelles…

Il suffit de rappeler quelques dates de journées d’étude ou de colloque organisés à Aix-en-Provence par la phonothèque de la MMSH depuis dix ans :

22 et 23 mai 2002,  en collaboration avec l’AFAS sur le thème, Les sciences humaines et le témoignage oral. De la source à l’archive, publiées dans la revue Sonorités, Cahiers du Patrimoine sonore et audiovisuel en juillet 2002 (n° 4) et dont certaines interventions sont en ligne sur le site de l’AFAS.

21 et 22 novembre 2005, sous la direction de Florence Descamps : Le documentaliste, le juriste et l’historien. Quelle valorisation pour les archives orales ? en collaboration avec l’AFAS et la mission pour les musiques et danses traditionnelles d’ARCADE, journées publiées partiellement en ligne sur le site de l’AFAS.

12 octobre 2007 : Nouvelles archives, nouveaux accès : Les nouveaux instruments de recherche en sciences humaines et sociales, en collaboration avec les archives départementales des Bouches-du-Rhône (AD13).

19 septembre 2008 Collecter, organiser les archives de la recherche en sciences humaines et sociales : quelles collaborations mettre en oeuvre ? en collaboration avec le programme Archives des Sciences Humaines et Sociales (ARSHS), dont le compte-rendu a été publié sur les Carnets de la phonothèque et dont les actes ont été publiés en ligne.

Et aujourd’hui, ce colloque, organisé en collaboration avec la MSH de Nice, plus précisément le LASMIC, qui nous laisse espérer des rendez-vous réguliers, qui nous permettent d’avancer dans la réflexion et de capitaliser.

Le sujet de notre journée d’étude est donc : « Le chercheur et ses sources sonores et audiovisuelles. Comment les partager ? Comment les diffuser ? »

Ces questions manifestent une interrogation nouvelle au sein de la communauté scientifique, ou du moins rendent compte de sa plus grande acuité depuis quelques années : la redécouverte des enjeux collectifs de la recherche en SHS et du sort de leurs données qualitatives, après une période de grande individualisation des travaux. Cette réflexion est ponctuée de plusieurs initiatives ou bornes-témoins : Roxane Silberman, Les sciences sociales et leur données, Rapport au ministre de la Recherche en juin 1999 ; le Rapport Dubar-Demazière en 2001 sur la création d’« une banque de données qualitatives » ; le Rapport auprès du Ministère de la Recherche et de la technologie sur les données qualitatives en sciences sociales recueillies en France auprès de la “société civile” par Françoise Cribier et Elise Feller en 2003 ; les travaux du groupe Archives de la Recherche en SHS (ARSHS) pilotés par S. Wolikow dans le cadre du réseau des Maisons des sciences de l’homme à travers le projet “Archives de la recherche” qui ont donné lieu à une publication dans la Gazette des Archives en 2008 ; et dernièrement, la mission de Bertrand Müller pour le CNRS en 2010 qui est parmi nous…

On peut d’ailleurs se demander : pourquoi cette interrogation plus pressante sur le partage et la conservation des données de la recherche en SHS ?

Une série de raisons alimentent selon moi ce mouvement et cette réflexion, et bien sûr, je n’ai pas l’ambition d’être exhaustive :

1° – Des motivations propres à la recherche et à la communauté scientifique (propension à la rétrospectivité et à la réflexivité des acteurs de la discipline, à un moment où les générations fondatrices des SHS de l’après-guerre disparaissent, historicisation de la recherche en SHS, fascination pour l’archive et pour l’archivisation des traces du passé ;

2°- L’impératif patrimonial et la patrimonialisation, qui exigent bien sûr une meilleure conservation des données, mais instaure aussi de nouveaux mots d’ordre tels que la diffusion et l’ouverture au public, le partage des contenus, l’appropriation et la restitution, des mots d’ordre qui par nature sont collectifs au sens où ils concernent des groupes sociaux ou des communautés et auxquels le monde de la recherche n’échappe pas plus que les autres secteurs de la société…

3° – Les exigences de la société de l’information et de la connaissance, qui promeut elle aussi des nouveaux principes, tels que la transparence, l’accès libre et direct aux informations et aux données, la revendication d’ouverture, l’exigence de vérifiabilité…

4° – La pression budgétaire et économique qui s’impose désormais au domaine de la culture, mais aussi au monde de la recherche en SHS (cf. les appels à projets, la recherche sur commande, les appels d’offres, etc.). Désormais, il faut que les investissements, y compris les investissements intellectuels soient rentables et qu’il y ait un retour sur investissements. Comme ces investissements humains sont coûteux, surgit rapidement l’idée que ces investissements devraient être mutualisés, cumulatifs, répliqués même, et que leurs résultats devraient être ordonnés à la collectivité.

5° – La demande sociale, celle qui émane des institutions, des collectivités locales, des associations, qui demandent toutes à être associée à la production des connaissances sur elles-mêmes et qui demandent que leur soient restitués les connaissances produites par la recherche;

6° – Les progrès des systèmes de transmission, de diffusion et de circulation des données et des contenus (informatique, numérique, internet), des outils de partage et de communication qui se multiplient et qui progressent sans cesse en termes de capacité et de rapidité, qui n’existaient pas avant et qui poussent sans cesse au mieux-disant …

Il y a certainement d’autres raisons, on pourra revenir sur ce sujet dans la discussion….

Voilà donc quelle est notre interrogation : la mise en partage des données et des contenus, entre chercheurs et entre différentes SHS, et la mise en partage entre enquêteurs, enquêtés et « société civile ».

Et de fait, notre programme reflète bien ces préoccupations puisque nos intervenants appartiennent aux différentes SHS : histoire, sociologie, anthropologie, ethnographie, ethnologie, linguistique, littérature, patrimoine…Il reflète aussi le dialogue entre le monde de la recherche et la société civile (les films amateurs, la mémoire familiale, le monde carcéral…). Polyphonie des points de vue et des regards sur l’archive sonore et audiovisuelle, qui sous sa forme de l’entretien enregistré ou filmé, est devenu une pratique transversale des SHS, sans pour autant être normalisé ni uniformisé d’une discipline à l’autre. Des corpus oraux qui oscillent, selon le statut qu’on leur assigne dans le cadre de la recherche, entre archives, matériaux de recherche, « contenus » ou « données », oeuvres de l’esprit, objets de patrimoine… Avec des frontières qui sont devenues assez poreuses désormais…

Si on laisse maintenant de côté le « pourquoi », le titre de notre journée d’étude nous emmène clairement du côté du « comment » ? Comment partager les données ? Cette question nous emmène du côté de la technique et des nouvelles technologies du son et de l’audiovisuel ; du côté des outils documentaires, des métadonnées et de l’analyse des corpus ; du côté des règles, de la déontologie et du droit. Ce qui permet de souligner combien la valorisation et l’édition des données qualitatives de la recherche en SHS exigent désormais de compétences professionnelles multiples : technicien de l’image et du son, documentalistes, archivistes, ingénieurs de recherche, chercheurs, ingénieurs informatiques, éditeurs, juristes etc…Il faut désormais penser les corpus sonores dans une chaîne de collaboration ou même dans une chaine de production intellectuelle, qui va de la production à sa diffusion.

Il n’en reste pas moins que l’informatique et internet permettent désormais à des chercheurs individuels de publier ou d’éditer directement leurs corpus sonores, oraux ou audiovisuels. Donc, le défi pour nous, me semble-t-il, c’est de faire en sorte qu’il existe des outils collectifs et collaboratifs, des « plates-formes » collectives, à forte valeur ajoutée, qui puissent être attractifs et efficaces, et présenter des avantages décisifs par rapport à une offre ou à un système plus individuel. Quels pourraient être ces avantages objectifs ? La pérennisation, et la transmission des corpus, la mise en réseau, la comparaison des corpus et le dialogue des corpus entre eux ; la documentation et le perfectionnement des méta-données ; la sécurisation juridique et la protection des auteurs et de leurs œuvres en regard de la propriété intellectuelle, la pluridisciplinarité ou l’interdisciplinarité des regards, « la revisitation »…

Il n’en reste pas moins que cette idée de mise en commun et de partage des ressources, et plus particulièrement de dépôt des corpus oraux qualitatifs, rencontre des freins, des résistances individuelles, qu’il faut sans doute identifier, si on veut pouvoir les faire disparaître ou tout le moins les atténuer, résistances qui selon moi s’enracinent dans la crainte:

du côté des témoins ou des informateurs, il peut y avoir la crainte de perdre son anonymat, crainte de se dévoiler, de s’exposer publiquement, de voire des informations confidentielles divulguées et non maîtrisées, crainte d’utilisations malhonnêtes ou tronquées, crainte d’un non-contrôle des usages des témoignages, crainte de voir des informations mal perçues ou mal reçues, crainte de se voir finalement objectivé etc…Quels pourraient être les antidotes à cette crainte ? Le respect déontologique des personnes et de leur parole, l’esprit de responsabilité, la réflexion sur le caractère « sensible » des informations à court, moyen ou long terme ; la réflexion sur le métier de la recherche par rapport à celui du journaliste ; la prise en compte du facteur « temps » ; la réflexion sur la définition des accès à l’information (sélectif, spécialisé, grand public etc.).

du côté des chercheurs, il peut y avoir la crainte de dévoiler ses pratiques de recherche, la crainte du jugement des autres et de ses pairs, la crainte du « pillage », la réticence psychologique à se dépouiller de ses sources ou de son œuvre, la difficulté à envisager que les corpus oraux puissent vivre d’une vie autonome, détachés de leur auteur initial… Crainte aussi de nuire involontairement aux témoins en rendant publiques des informations accordées au départ dans un cadre confidentiel et de trahir la confiance ou « le pacte d’entretien » d’origine. La solution consiste sans doute à laisser du temps au temps ! On peut aussi imaginer de déposer ses corpus oraux ou audiovisuels une fois qu’on a terminé de les exploiter et qu’on passe à un autre sujet… Mais sans doute cela ne suffit-il encore pas ! Pour déposer ses propres données, il me semble qu’il faut trois autres critères : une prise de conscience patrimoniale1, qui fait dire que les matériaux qu’on a collectés ou constitués sont des traces d’un temps définitivement disparu ; il faut aussi un interlocuteur en qui on ait une totale confiance (une institution dotée de la continuité et d’un ensemble de règles stables, fiables et déontologiques) ; enfin, il faut sans doute ressentir une forme de «réceptivité sociale »…

du côté des institutions, les craintes ne sont pas totalement absentes non plus : crainte d’être dépouillé ou de se faire désapproprier si on « ouvre » trop largement l’accès aux ressources, crainte d’être complices de diffamation ou d’atteintes à la vie privée si la diffusion n’est pas bien maîtrisée, désir de contrôle, crainte de la lourdeur de la gestion des droits de propriété et d’usage, crainte des ayant droits..

En face de ces craintes, il me semble qu’il y a autant de chantiers à ouvrir :

– Inventer les outils documentaires pour permettre la diffusion, mais surtout pour améliorer la description, la comparaison et l’analyse à la fois rapide et fine des corpus, et former les « producteurs-auteurs » des corpus oraux ou audiovisuels

– Ouvrir le chantier juridique et déontologique concernant la diffusion des contenus, du côté des enquêteurs, des enquêtés, des chercheurs et des conservateurs…Définir des « bonnes pratiques » !

– Investir dans de la réflexion sur la diffusion : diffuser quoi ? diffuser comment ? diffuser pourquoi ? diffuser pour qui et pour quels publics ? selon quelles règles ?

– Investir dans la réflexion sur la restitution aux populations enquêtées ou observées : comment le faire ? avec quels outils ? En étudiant quel impact a ce partage ou cette restitution sur les populations concernées ? Et aussi, en étudiant quel impact la restitution de la recherche vers les groupes sociaux étudiés a à son tour sur la recherche elle-même (interactions) ?

Au vu de la complexité de tous ces chantiers, on devine aisément que la clef de la réussite se trouve dans un travailler-ensemble…

Crédits photographiques : merci à Raphaël Parejo-Coudert, association Txoke.

http://histoire-education.revues.org/index352.html
  1. cf. La rupture patrimoniale de Michel Rautenberg, Editions à la croisée, 2003 []

Le “Bulletin de l’AFAS” se renouvelle

L’AFAS [Association des détenteurs de documents audiovisuels et sonores] est une association créée en 1979 sur l’initiative de responsables de fonds d’archives sonores ou de phonogrammes inédits ou édités à vocation de recherche, d’études ou d’usage professionnel. Elle a pour finalité de réunir et informer les personnes et institutions qui s’intéressent à la sauvegarde, au traitement et à la communication des documents sonores et audiovisuels inédits ou édités. Depuis peu, son bulletin,  le Bulletin de l’AFAS, a été accepté sur  Revues.org, le plus ancien portail d’édition électronique français dans le domaine des Sciences Humaines et Sociales.

Actuellement stagiaire  Master II en documentation à l’Université Lyon 1 et l’Enssib dans le cadre de la formation continue, passionnée par le son et les langues, j’ai découvert à la Phonothèque de la MMSH une diversité de fonds d’archives impressionnante. L’une de mes missions de stage était la reprise après migration du Bulletin de liaison des adhérents de l’AFAS, devenu Bulletin de l’AFAS après son intégration sur la plateforme Revues.org. Le Bulletin de l’AFAS a d’abord été édité en 1980 sous le nom de Sonorités. Au lancement du numéro 0 en janvier 1980, Sonorités avait pour objectif de faire le point sur les activités de l’AFAS, association créé en février 1979. Cette publication avait tout d’abord pour ambition de répondre à un besoin précis dans un contexte où les enregistrements commencent à proliférer, générant en cela de nouvelles problématiques d’ordre juridique ou déontologique. Elle était aussi considérée comme un lien concret entre les adhérents et l’association favorisant une meilleure prise de conscience des richesses que constituent en France, ces innombrables fonds d’archives sonores et la nécessité de mieux les protéger, les connaître et les utiliser. Le Bulletin de liaison des adhérents de  l’AFAS a remplacé celui des Sonorités en 1993, reprenant les même sujets d’étude et il a été mis en ligne dès 2005.

Le son et l’archive

Qu’est-ce que le son ? Une vibration, une fréquence, mais surtout, une manifestation de vie dans sa diversité et sa richesse ; toujours pratiquement porteur de sens, quelque qu’en soit l’émetteur. Parfois, il se trouve qu’il ne délivre pas de message, ou seulement à qui sait l’entendre. Il y a tout type de sons, le bruit de fond, le bruit des objets inanimés, le chant, la parole, la musique instrumentale. Il témoigne en tout cas de l’extraordinaire diversité des êtres humains. L’Homme moderne occidental ignore volontairement ou involontairement certains sons, car il vit dans un environnement sonore riche. Les preneurs de sons, animés par une volonté curieuse de collecte de la mémoire, les moissonneurs de témoignages ont cette qualité extraordinaire d’aller chercher le discours, la musique, le son et d’en mémoriser l’écho. L’univers sonore est suggestif et pouvoir écouter des témoignages sans image aussi est parfois plus porteur de sens que lorsque l’œil est attiré par une couleur, un visage. L’oral à souvent été déprécié par rapport à l’écrit. Or, ses valeurs sont intrinsèquement liées à une forme d’authenticité et de spontanéité qui ne se retrouve plus dans le texte.

L’homme a toujours eu la curiosité de s’intéresser à tous les phénomènes qui l’entourent. Cette curiosité insatiable se retrouve dans les bases de données auxquelles le navigateur peut accéder en cliquant sur les liens proposés par le Bulletin de l’AFAS. Celui-ci ouvre ainsi des portes sur d’autres univers. Vous êtes sur un site de sons et vidéos animaliers, toujours sous l’onglet des Sites Sonores du Bulletin, le site des patrimoines de musique du monde, les radios du Smithsonian dont l’objectif de est de renforcer les liens entre les cultures, et de rapprocher les gens, à travers le biais des musiques traditionnelles dont le but, de fournir à chacun un outil pour retrouver son héritage personnel à travers une collection de fonds sonores soignés et précieusement choisis. Mais il y aussi le site des plus vilains sons, projet amusant de l’université de Salford (vous souvenez-vous du bruit de la craie sur le tableau noir), celui des voix de poètes en langue anglaises (Kipling, Thomas Hardy…) dont les voix uniques traversent l’éternité, l’association de Soutien à la production indépendante de documentaires qui possède un grand nombre de conférences sur différents sujets d’actualité, etc. Ces témoignages ainsi collectés sont riches de réflexions sur le monde.

Avec le son, l’émotion surgit inévitablement. Dans un témoignage oral, l’intonation d’une voix, les silences, les rires nous renseignent parallèlement à ce qui est dit. A ce sujet, l’article de Latitia Nicolas concernant “La part du sensible dans l’écoute et ses conséquences sur le traitement documentaire d’archives sonores en anthropologie”‘, qui prend ses distances avec les pratiques pour s’attacher aux affects de ceux qui appliquent leur savoir à collecter ou analyser les archives sonores, est une étude à consulter.

Le rôle du bulletin

Avec le Bulletin de l’AFAS, vous trouvez des discographies, des articles sur des thèmes qui concernent la préservation du patrimoine sonore. Actuellement la mission du Bulletin de l’AFAS n’a fondamentalement pas changée. cependant le contexte des archives sonores s’est élargi : nouvelles technologies, évolution de la recherche, multiplicité des supports et progrès du net,  les questions débattues nécessitent des expertises plus grandes aussi. Dans les articles du Bulletin de l’AFAS, les chercheurs en ethnologie, sociologie, anthropologie s’interrogent sur les missions des archives orales, ses fondements. Ils collectent les témoignages à travers leurs pérégrinations aux sources des fonds populaires. Mais dans ce bulletin, on peut aussi découvrir les techniques de numérisation des fonds sonores, du cylindre au son numérisé actuel. Les missions du documentaliste, ou du phonothécaire mis sur le devant de la scène avec les évolutions technologiques y sont clairement débattues : travail sur la pérennisation des documents, leur valorisation, la mutualisation des connaissances, leur rôle dans le choix documentaire lors de la prise en charge du document pour sa conservation.

A ce sujet, le travail de Bénédicte Bonnemason, Véronique Ginouvès et Véronique Pérennou dont le Guide d’analyse documentaire du son inédit (qui s’attache à la conservation des supports et des données numériques) répond aux préoccupations des phonothécaires publié par l’AFAS en 2001 en collaboration avec la FAMDT. Les articles, discographies, veille technologique sur les dernières technologies pour la sauvegarde du son, remontent à 1979. On retrouve avec émerveillement des articles traitant des technologies d’autrefois : les cylindres du musée de Berlin, l’histoire du disque à saphir etc., des témoins d’une époque où le son conservé était encore presque aussi volatile que lorsqu’il était émis. Tout ceci est à votre portée avec le Bulletin de l’AFAS.

Ainsi, ce bulletin est le reflet de l’activité d’une association qui propose depuis de nombreuses années, des colloques, des rencontres professionnelles diverses, dont l’enthousiasme de ses membres pour le patrimoine sonore transforme le bulletin en site d’information pour les formations, les astuces techniques des professionnels du son, les projets de sauvegarde des fonds sonores et de leur valorisation. Un article aura un regard historique, un autre s’attardera sur une expérience concrète de numérisation, à des fins de préservation et de consultations. Un autre saura prendre le sujet sous l’angle de la linguistique. A signaler aussi, l’article portant sur le travail de La Bibliothèque nationale de France qui en 2009, a élargit son offre de documents sonores sur le web avec Gallica 2, une collection de plus de 500 enregistrements. Un article va décrire avec précision la méthode, les procédures tant techniques que documentaires et juridiques qui ont permis à la Bibliothèque publique d’information de rendre accessible la mémoire sonore numérique des événements et manifestations qu’elle a produits et accueillis. Un texte saura amener une réflexion autour du silence : méthode et la théorie pour étudier ce contrepoint de la parole et du bruit, ce qui habille la musique, et que John Cage a immortalisé dans son œuvre intitulée : 4’33. De nombreux textes, bien sûr, approfondissent la question de l’archive sonore, sa collecte active et raisonnée, sa diffusion et son assimilation. Audacieux, un article d’Hélène Wallenborn Analyser un fonds de témoignages audiovisuels de survivants des camps nazi sur la collecte et l’interprétation des témoignages des rescapés des camps amène des réflexions sur l’histoire orale, son rôle et sur la place du passé dans nos société contemporaines. Il faut enfin signaler l’enquête menée par l’AFAS et la Bibliothèque nationale de France “Inventaire des fonds sonores édités patrimoniaux dans les collections publiques en France” sur l’édition phonographique des cylindres, disques 78 tours et microsillons (voir aussi le Groupe de travail sur le disque). Les questionnaires de l’enquête sont en ligne, n’hésitez pas à y répondre si vous avez dans votre établissement des 78t à signaler.

L’environnement éditorial

Le renouvellement du site du Bulletin de l’AFAS n’aurait pas pu se faire sans le soutien de l’équipe de Revues.org et en particulier Lisa George qui a étroitement suivi le changement de version du logiciel d’édition électronique Lodel. Lodel, est un CMS (Content Management Systems – systèmes de gestion de contenus) utilisé pour produire à travers le monde de nombreuses revues. Lodel a de nombreux atouts et en particulier le respect des normes d’édition sur le Web (Métadonnées, Dublin Core, syndication par flux RSS). En outre, les personnes ne connaissant pas les techniques du Web peuvent aussi mettre des documents en ligne facilement. La dernière version de Lodel sur laquelle est migrée le Bulletin de l’AFAS a beaucoup évolué par rapport à l’ancienne.  C’est ainsi que les numérisations d’ anciens articles ou discographies ont pu être chargées sur le site. Ce sont à présent plus d’une centaine d’articles et une centaine d’annonces, compte-rendus, et informations pratiques, une soixantaine de notices, auxquels viennent se joindre liens et flux de syndication qui sont sur le Bulletin de l’AFAS.

En conclusion

Ainsi, tout l’intérêt de ce nouveau bulletin repose sur l’ancienneté de l’AFAS et sur l’effort fait pour mettre en ligne dans la mesure du possible les anciens numéros qui jusqu’à présent étaient sous version papier, afin qu’à la lecture naisse une compréhension de l’évolution des méthodes d’enregistrement, de transmission et de production des sources sonores. De ce fait, en plus des anciens numéros jusqu’à présent sous version papier uniquement du Bulletin de l’AFAS, vous avez aussi accès à quelques articles extraits de Sonorités qui a précédé le Bulletin de l’AFAS. De nombreuses discographies vont vous faire revivre les belles heures de la chanson française (Edith Piaf, Georges Brassens, …). Peut être aussi découvrirez-vous certains noms de chanteurs oubliés, ceux que l’on a qualifié de “chanteurs maudits” ?
Vous l’aurez compris, les objectifs du Bulletin de l’AFAS sont la mise en valeur du patrimoine sonore, de multiples réflexions sur la collecte, l’archivage et la préservation du patrimoine sonore. La richesse des réflexions menées, la multiplication des informations apportées lui donnent un intérêt pour de nombreux visiteurs. Le Bulletin de l’AFAS est plus que jamais un “lieu de rencontre, un carrefour pluridisciplinaire et multi-thématique, témoin de la richesse d’un patrimoine sonore et audiovisuel en pleine mutation”. A propos, nous vous invitons  à proposer à l’équipe éditoriale du Bulletin de l’AFAS, les sites sonores qui vous paraissent intéressants, vos articles, ou à faire part de vos remarques.

J’espère donc que vous aurez la curiosité d’aller sur le site : Bulletin de l’AFAS, dont les articles de fonds montrent l’effervescence scientifique sur le domaine des archives audiovisuelles et sonores.

Crédit photographique : “Etiquette de disque pyral conservé à la BnF”

La vie de l’AFAS, association française des détenteurs de documents sonores et audiovisuels

Le 24 juin 2010 aura lieu l’assemblée générale de l’AFAS, l’occasion aussi d’organiser une journée d’étude sur un sujet qui tient à coeur à l’association : l’ethnomusicologie. La manifestation est ouverte à tous, seule l’assemblée générale sera ouverte aux adhérents de l’association. C’est peut-être l’occasion d’y adhérer et de participer à la vie de l’AFAS.  La journée est organisée par deux conservateurs de la Bibliothèque nationale de France qui ont beaucoup oeuvré pour les archives sonores inédites comme éditées, Elizabeth Giuliani et Pascal Cordereix, et par Anne Faure, responsable de la médiathèque du musée du quai Branly. Le programme complet de la journée est disponible sur le site de l’AFAS. L’assemblée générale sera aussi l’occasion de dévoiler le nouveau site de l’association, passé sur la nouvelle version de Lodel, qui intégrera bientôt la catégorie des Bulletins sur le site de Revues.org.  Le passage sur la plateforme de Revues.org sera l’occasion de mettre en ligne d’anciens numéros du bulletin et de Sonorités, les deux publications de l’AFAS. France Besson, stagiaire à la phonothèque de la MMSH en MASTER à l’ENSSIB, a rendu possible ce nouvel accès à des informations précieuses, parfois effacées de nos mémoires… à lire bientôt !

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Mise en ligne. Corpus d’enquêtes orales réalisées auprès d’anciens mineurs de charbon du Tarn

Les Archives départementales du Tarn expérimentent la mise en ligne d’archives sonores sur leur site.

Les entretiens et les notices du corpus Mémoires de mineurs mineurs de charbon du Tarn sont désormais accessibles à partir de la rubrique accès aux fonds, documents en ligne puis archives sonores.

La diffusion a été possible grâce à la signature d’un contrat par le témoin ou ses ayants droit. Les témoignages sont restitués dans leur totalité, de la présentation du témoin à la demande d’autorisation orale adressée par l’enquêteur, pour préserver l’intégrité de l’enquête. En revanche, lorsque des témoins ont souhaité garder l’anonymat et nous ont demandé que les noms cités soient masqués, des “silences” ont été insérés volontairement sur les fichiers de consultation. Les autres interventions consistent uniquement en la suppression de sons parasitaires. Le fichier de conservation est une copie fidèle de l’original.

Le corpus collecté par le Musée-mine de Cagnac-les-Mines compte une trentaine de témoignages soit près d’une quarantaine d’heures qui éclairent plusieurs pans de l’histoire de la mine. Chaque enquête s’articule autour de trois grandes thématiques : une présentation du mineur, le travail à proprement dit, la vie quotidienne en dehors de la mine. La première renseigne sur l’état civil du mineur, la durée de l’exercice de son activité. La seconde précise l’origine de la famille du mineur, ses débuts à la mine, ses souvenirs du premier jour et du dernier, l’évolution de la situation professionnelle, les effets de la mécanisation sur le travail, l’action syndicale, les mouvements revendicatifs, la fermeture des puits, la fermeture des puits. Enfin, le troisième volet insiste sur le(s) lieu(x) d’habitation, l’organisation de la vie familiale à l’intérieur du foyer, les activités extra-professionnelles du mineur et de sa famille, les rencontres des collègues en dehors du travail, les fêtes corporatives (Sainte-Barbe) et populaires (Saint-Privat), les traditions paysannes et les croyances populaires.

Entretiens : Myriam Devalette, 2000-2001
Enregistrements : Christian Marc, 2000-2001

Ce billet est en lien avec Écouter la mine publié dans les Carnets de la phonothèque en octobre 2009.

Céline Della Savia, chargée du secteur des archives audiovisuelles et sonores aux Archives départementales du Tarn

celine.dellasavia@tarn.fr

Site des Archives audiovisuelles et sonores

Crédits photographiques : Donatien Rousseau, Mission photographique du Conseil général du Tarn.

Vamos a hacer memoria : Archivo General de la Nación (Colombia)

Dans le cadre du symposium Vamos a hacer memoria, j’ai eu la chance de visiter les archives nationales de Colombie (Archivo General de la Nación) situées en plein centre de la ville de Bogotá. Rogelio Salmona, architecte franco-colombien (1929-2007), a imaginé un bâtiment intelligent afin que les archivistes conservent leurs documents sans avoir à surveiller sans cesse les tableaux d’hygrométrie ou de température des salles !

Bogotá se situe à 2640 mètres au dessus du niveau de la mer avec un climat  tempéré et des précipitations importantes (environ 960 mm par an). L’architecte a réussi le tour de force de faire varier les températures à l’intérieur des salles de dépôt de moins de  0,5°C par jour, l’humidité peut, elle, varier au maximum de 2,5%. Ainsi, le système de climatisation naturelle permet d’obtenir une température constante de 17°C  et une humidité relative de  60%. Cela est permis par un système ingénieux de circulation de l’air imaginé par Rogelio Salmona. Ingénieux mais aussi esthétique. La brique rouge ne cesse de courir en courbes, volutes et figures géométriques radiales.

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Après quelques années de pratique, les archivistes de l’Archivo General de la Nación sont ravis de leurs 2 600m²,… ce n’est pas si courant que les utilisateurs plébiscitent l’architecte qui a construit le lieu de leur vie professionnelle. Il faut dire que Rogelio Salmona a su construire des hâvres de paix, au milieu d’une ville en bataille.

Bibliothèque Virgilio Barco (Bogotá)
Bibliothèque Virgilio Barco (Bogotá)
Bibliothèque Virgilio Barco (Bogotá)
Bibliothèque Virgilio Barco (Bogotá)
Bibliothèque Valerio Barco (Bogotá)
Bibliothèque Valerio Barco (Bogotá)

Visitez ses bâtiments et prenez le temps de recherche ses “résonateurs” : pour chacun d’eux Rogelio Salmona a créé un espace où soudain la voix s’envole dans des spirales sonores.

Torres del Parque; à côté des arènes de Santa María
Torres del Parque; à côté des arènes de Santa María

Quelques images de la visite de l’Archivo General de la Nación :

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Archivistes de l’Archivo General de la Nación (à droite, Clara Casilimas, chargée des archives sonores aux archives nationales de Colombie)
Sara González, directrice des archives nationales de Colombie
Sara González, directrice des archives nationales de Colombie
Sur la terrasse des archives nationales de Colombie
Sur la terrasse des archives nationales de Colombie
Dans les salles de dépôt de l'Archivo General de la Nación
Dans les salles de dépôt de l’Archivo General de la Nación

A lire sur le bâtiment de Rogelio Salmona : El Archivo General de la Nación de Colombia : diseño y funcionalidad. Archivo General de la Nación (Colombia), 2001. 20p.

A noter :  ce sont les archives nationales de Colombie qui ont imprimé le guide d’analyse documentaire du son inédit traduit en langue espagnole (Guía de análisis documental del sonido inédito, 2007). Ce guide est accessible librement sur Internet mais vous pouvez aussi en recevoir un exemplaire (gratuitement) en écrivant à Clara Inés Casilimas (clarainescasilimas<at>yahoo.es) responsable des archives sonores aux archives nationales de Colombie.

Le site de l’Archivo General de la Nación : http://www.archivogeneral.gov.co

Dossier numérique : Noirs et esclaves http://negrosyesclavos.archivogeneral.gov.co/portal/apps/php/indexes.kwe

Crédits photographiques : Véronique Ginouvès, septembre 2009.


Écouter la mine. Corpus d’enquêtes orales réalisées auprès d’anciens mineurs de charbon du Tarn

Musée-mine départemental, Cagnac-Les-Mines
Musée-mine départemental, Cagnac-Les-Mines

Alors que le charbon de bois est exploité en forêt par des charbonniers, une autre proto-industrie apparaît au Moyen-âge, lorsque les paysans découvrent à Carmaux le « carbo de pèira » dans leurs champs, la pierre qui brûle, et l’exploitent. Ce charbon de terre supplante peu à peu le charbon de bois comme combustible mais son véritable essor en Carmausin date du milieu du xviiie avec l’arrivée de la famille de Solages et de la Révolution Industrielle au xixe siècle. Il est alors exploité par deux sociétés concurrentes, la SMC (Société des mines de Carmaux) créée en 1865 et la SMA (Société des mines d’Albi) à partir de 1890. Elles sont ensuite nationalisées en 1946 et regroupées sous une même entité, les HBA (Houillères du Bassin d’Aquitaine), elle-même fondue sous l’entité HBCM (Houillères du Bassin du Centre et du Midi) en 1969. De la période moyenâgeuse jusqu’en 1987, le charbon tarnais est exploité par le biais de galeries de mine : c’est l’exploitation par le fond où quelques 106 millions de tonnes sont extraites du sous-sol. Ce mode sera remplacé en 1987 par une exploitation en découverte, définitivement arrêtée en 1997.
Les techniques d’exploitation et d’extraction du charbon ne cessent d’évoluer au cours des siècles, rythmant ainsi une production en constante augmentation. Le métier de mineur suit cette évolution, qui connaîtra pour le xxe siècle un profond changement avec l’arrivée de la mécanisation au fond de la mine à partir des années 1960.

En 2000-2001, le Musée-Mine de Cagnac-les-Mines, créé en 1989 et désormais musée départemental du Tarn, a conduit une série d’enquêtes orales auprès d’anciens mineurs du Carmausin ayant connu la période antérieure à la mécanisation et celle-ci. Ce projet a été réalisé en partenariat avec les Archives départementales du Tarn qui conservent les exemplaires originaux des enregistrements. Ce fonds compte une trentaine de témoignages soit près d’une quarantaine d’heures qui éclairent plusieurs pans de l’histoire de la mine. Chaque enquête s’articule autour de trois grands axes : une présentation du mineur, le travail à proprement dit, la vie quotidienne en dehors de la mine. Le premier axe renseigne sur l’état civil du mineur, la durée de l’exercice de son activité. Le second porte sur l’origine de la famille du mineur, ses débuts à la mine, ses souvenirs du premier jour et du dernier, l’évolution de la situation professionnelle, les effets de la mécanisation sur le travail, l’action syndicale, les mouvements revendicatifs, la fermeture des puits, le dernier jour. Le troisième volet insiste sur le(s) lieu(x) d’habitation, l’organisation de la vie familiale à l’intérieur du foyer, les activités extra-professionnelles du mineur et de sa famille, les rencontres des collègues en dehors du travail, les fêtes corporatives (Sainte-Barbe) et populaires (Saint-Privat), les traditions paysannes et les croyances populaires.

En 2009, l’ensemble du fonds, enregistré sur cassettes DAT, a été entièrement numérisé par le secteur d’archives audiovisuelles et sonores des Archives départementales. En 2008, un contrat de cession de droit et d’utilisation a été adressé a posteriori à chacun des témoins afin d’être en mesure de communiquer le contenu des enregistrements en salle de lecture et de le diffuser sur Internet. L’autorisation de communication et de diffusion a été accordée par la majeure partie d’entre eux.
Ces entretiens sont à l’heure actuelle en cours de catalogage et les Archives départementales espèrent bien les rendre accessibles avant la fin de l’année. Dans l’attente de leur communication voici un court extrait audio. En espérant que vous suivrez l’aventure sonore…

Entretiens : Myriam Devalette, 2000-2001
Enregistrements : Christian Marc, 2000-2001
Numérisation et analyse archivistique : Céline Della Savia, 2009

Céline Della Savia, chargée du secteur des archives audiovisuelles et sonores aux Archives départementales du Tarn

celine.dellasavia@tarn.fr

Site des Archives audiovisuelles et sonores

Crédits photographiques : Musée-mine départemental, Cagnac-Les-Mines. Extrait sonore : Guy Batista. Cote : 8AV03.

De la bande collante au flux binaire : vers des zéros et des uns. Récit d’expérience pour la mise en place d’un secteur audiovisuel aux Archives départementales du Tarn

Lorsque l’on lance une recherche sur un moteur généraliste en associant les termes « archives-départementales archives-sonores » le résultat est très hétérogène et peu représentatif. Au mieux, vous pouvez être aiguillés vers des états des fonds audiovisuels de services d’archives départementales (AD).  Certaines AD commencent à proposer des fichiers sonores impliquant en amont des choix, en termes de protocole et de formats d’archivage ainsi qu’un équipement. En lisant les listes de diffusion spécialisées on se rend compte que de plus en plus les AD tentent d’enclencher un travail dans cette voie. Pourtant, rares sont les récits d’expérience autour de la mise en place d’un secteur sonore et visuel et de mise en ligne des collections. Il serait intéressant de constituer un espace qui rendrait compte du travail accompli en matière de traitement d’archives sonores et visuelles sur l’ensemble des services d’AD. Responsable de la réorganisation d’un département audiovisuel aux Archives départementales du Tarn, il m’est paru important de présenter mon travail et de partager mes questionnements. J’ouvre donc sur les Carnets de la Phonothèque, en accord avec Véronique Ginouvès, une nouvelle catégorie “Le son du Tarn”, en espérant qu’il suscite des retours d’expériences similaires et engage un espace de dialogue avec des commentaires.

Le secteur dédié aux archives sonores des Archives départementales du Tarn a été créé en 1989. Depuis sa création il a pour vocation de collecter, documenter, conserver et valoriser le patrimoine immatériel, fixé sur tout type de support audio, ayant valeur d’information historique et patrimoniale sur le département du Tarn.

Les fonds portent principalement sur des répertoires de chants et de musique instrumentale traditionnelle, des répertoires de contes, légendes, des traditions et expressions orales, des témoignages historiques locaux ou nationaux, des témoignages ethnographiques (coutumes, savoir-faire), des récits de vie.

Les AD disposent à ce jour d’un fonds audio constitué de près de 500 heures d’enregistrements. A ce fonds audio est venu s’adjoindre en 2003, un fonds audiovisuel constitué d’environ 1200 heures, cassettes montées et rushes confondus.

Les fonds sonores et plus particulièrement les fonds audiovisuels des AD81 se trouvent fixés sur des supports variés et dans de multiples formats. Les AD sont confrontées aux dégradations, inéluctables, de support et de signal qui peuvent intervenir naturellement en fonction de la nature physico-chimique des documents. Ainsi, il devenait urgent de passer aux zéros et aux uns, en transférant par un procédé de numérisation le contenu de ces documents sur un support pérenne et d’enclencher un processus régulier de réactualisation de format. Conserver les collections par le procédé de la numérisation permettra, outre la préservation de l’intelligibilité du document, la mise en place cohérente de leur communication au public et de leur valorisation.

En octobre 2008 nous avons actualisé l’équipement audio, en partie existant depuis 1989, et nous nous sommes dotés d’une station de transfert vidéo à partir d’un cahier des charges. Par chance, l’entrée d’un fonds audiovisuel en 2003 avait été accompagnée du matériel de lecture correspondant aux différents formats vidéo contenus dans ce fonds ; un point non négligeable quand on sait qu’une des difficultés pour la conservation de ces documents vient de la difficulté d’acquérir les lecteurs d’ancienne génération.

La difficulté dans le choix des formats de conservation et les supports de stockage est venue essentiellement des diverses propositions qui sont faites dans ce domaine et dans notre volonté d’opter pour un archivage pérenne. Nous avons préalablement prospecté auprès d’institutions qui ont fait leur preuve en matière d’archivage pérenne tout en rapportant leurs préconisations à l’échelle d’un service d’AD et au budget d’investissement qui nous a été alloué. Le plus délicat a été d’arrêter des choix en acceptant l’approche par le risque mesuré. De manière à se prémunir de la dégradation et le vieillissement des médias nous avons choisi de diversifier les technologies de stockage. Deux copies d’archivage vont être réalisées. L’une sur bande magnétique LTO 3 et l’autre sur un espace de stockage de masse sécurisation Raid 5. Les fichiers destinés à l’archivage seront encodés dans des formats durables et largement ventilés pour ne pas tomber dans l’impasse de leur disparition et afin de permettre au mieux leur lisibilité au plan technique ainsi que leur échange : wave pour le son et mpeg2 pour la vidéo. Les métadonnées relatives à la constitution technique des fichiers et à leur contenu intellectuel seront renseignées afin de les rendre intelligibles dans l’avenir. Les fichiers de consultation seront compressés au format mp3 pour l’audio et mpeg4 pour la vidéo et hébergés sur un serveur dédié. Ces fichiers de consultation au format compressé seront reliés à leur notice documentaire correspondante afin que les utilisateurs puissent y accéder en salle de lecture sur un poste informatique en écoute individuelle. Dans un premier temps, pour des questions essentiellement juridiques, les documents ne seront pas accessibles sur Internet.

L’environnement informatique choisi pour les deux stations est un environnement Macintosh. Le service des AD possédait différents lecteurs à connecter à la station audio qui est dotée d’une carte son externe mbox2 de la marque Digidesign fournie avec le logiciel d’édition Pro Tools 7 LE. Cette version « Light » du logiciel permet très largement de couvrir les besoins de transfert des fonds détenus par les AD. Il permet d’encoder les fichiers audio aux formats wave et mp3.

Pour ce qui est de la vidéo, un patch bretelles BNC et à des patchs RS-422 fabriqués sur mesure sur site permettent la connexion audio/vidéo, et le pilotage, entre la station, et les différents magnétoscopes existants aux Archives. Nous avons choisi le logiciel de montage vidéo Final Cut studio pro2 qui permet l’encodage des fichiers vidéo aux formats mpeg2 et mpeg4.

Avant de poursuivre l’analyse documentaire des archives sonores et d’initier celle des archives vidéo, un travail de réactualisation des bases de données doit être fait. Le traitement archivistique s’effectuera au fur et à mesure de l’avancée du travail de numérisation des documents et progressivement, les documents seront accessibles en écoute individuelle sur poste informatique dans l’enceinte des Archives départementales. Le moteur de recherche Pleade permettra d’optimiser la recherche en moissonnant la base de données et faire émerger les notices documentaires souhaitées par l’utilisateur.

Dans l’immédiat, les personnes souhaitant écouter ou visionner des documents doivent encore me rendre une petite visite en passant un coup de fil préalable ! La consultation de l’état des fonds détaillé dans sa version papier et des contenus eux-mêmes nécessite pour quelques temps encore un rendez-vous.

Céline Della Savia, chargée du secteur des archives audiovisuelles et sonores aux Archives départementales du Tarn

celine.dellasavia@tarn.fr

Site des Archives audiovisuelles et sonores

Crédit photographique : Céline Della Savia, Zéro et un.

Les archives sonores de Constantin Brailoiu en ligne

Précipitez vous sur le site du Musée de Genève et ouvrez vos oreilles : les archives sonores du fonds Constantin Brailoiu sont en ligne ! Ce compositeur roumain,  professeur d’esthétique musicale, pionnier de l’ethnomusicologie contemporaine avait été bouleversé par la découverte de la musique traditionnelle de son pays. Il avait ainsi décidé de se consacrer à la collecte de terrain et fondé, en 1928 à Bucarest, les premières archives de folklore roumain. Plus tard, au musée d’ethnologie de Genève où il travailla de 1944 jusqu’à sa mort en 1958, il entreprit de constituer les “Archives internationales de musique populaire” (AIMP) destinées à conserver la mémoire des “mélodies originelles de toutes les contrées du monde”. Continuer la lecture de Les archives sonores de Constantin Brailoiu en ligne

Lancement de la version bêta du Portail du patrimoine oral

Le 12 décembre 2008, lors des Rencontres du patrimoine culturel immatériel de Bretagne, une version bêta du Portail du patrimoine oral a été présentée au public. Ce portail est issu d’un travail collectif impulsé par le pôle associé BnF/FAMDT, qui a bientôt 10 ans désormais. Il rassemble cinq centres d’archives sonores à travers la France :

– Le CERDO – centre d‘études, de recherche et de documentation sur l‘oralité (UPCP – Métive) à Parthenay ;
– Le conservatoire occitan, centre de musiques et danses traditionnelles Toulouse/Midi-Pyrénées ;
Dastum en Bretagne ;
– La maison du patrimoine oral à Anost, dans le Morvan ;
– La phonothèque de la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme (MMSH) à Aix-en-Provence.

Ce portail s’appuie sur le protocle OAI-PMH.  Au-delà des questions techniques, l’objectif est d’offrir une interrogation commune des corpus sonores, des recherches sur différents critères (dont les titres uniformes essentiels dans l’oralité) et surtout d’écouter ces enregistrements, trop longtemps méconnus. Le principe est d’alimenter un dépôt avec les notices de chaque base de données sonores et audiovisuelles des cinq centres. Ce dépôt est créé à partir d’un réservoir alimenté régulièrement par les centres qui effectuent un tri sur les notices déversées, y intégrant uniquement les notices des enregistrements sonores et audiovisuels inédits. A terme, 70 000 notices pourront être interrogées ! Le format adopté est celui des 15 éléments du Dublin Core. Le résultat des requêtes posées au catalogue collectif sur le méta portail renvoie vers le catalogue d’origine, permettant la lecture de la notice complète et des son contexte ainsi que l’écoute du fichier son mis en ligne sur les bases locales.

Les archives sonores, elles aussi, doivent enter dans le « bien commun » des ressources proposées sur l’Internet. Non seulement cela est légitime pour tous ceux qui ont choisi de transmettre oralement leur culture, leur savoir-faire, leur répertoire… mais aussi cela est nécessaire si l’on veut pouvoir poser la question de l’évaluation de la pertinence globale des ensembles constitués et accessibles. L’accélération des dépôts et l’expansion formidable de l’utilisation des témoignages oraux doivent aussi être liées à une cartographie documentaire satisfaisante des archives sonores inédite afin de proposer de véritables instruments de repérage, de classement et d’identification de ces documents.

Ce portail est encore à l’état de test, n’hésitez pas à nous signaler tout ce qui vous semblera intéressant pour l’améliorer et le rendre plus efficace à la recherche. Merci de votre participation.

Vous pouvez consulter en ligne le diaporama de l’intervention de Véronique Ginouvès (MMSH), Pierre-Olivier Laulannée (FAMDT), Mickaël O’Sullivan (Maison du patrimoine oral).

Crédits photographiques : Maison du patrimoine oral (Anost) – Orchestre Louis Jouarie, à Arleuf (58).

Diaporama sur le portail du patrimoine oral diffusé lors des journées sur le patrimoine immatériel à Rennes, le 12 décembre 2008.

Conclusiones de la 4a sesión del CASAE (Santiago de Cali, Colombia, 23 de noviembre de 2007)

Esta sesión se inscribió en el marco del “Seminario Internacional de uso y aplicación de la guía de análisis del sonido inédito” del CASAE1 cuándo en abril de 2006, el CASAE confirmó su apoyo al Centro de Documentación Musical de la Biblioteca Nacional de Colombia en su proyecto de traducción y adaptación al castellano, de la guía de análisis del sonido inédito originalmente publicado en francés en 20012. Gracias a los esfuerzos de varios integrantes del Comité, la versión en español de la guía ha sido finalizada e impresa en 1000 ejemplares en noviembre de 2007. La traducción estuvo a cargo de Gloria Inés Figueroa Correa quien también colaboró en las sesiones de trabajo del CASAE en la actualización, adaptación a los países andinos, apropiación y difusión de la guía. Se decidió organizar un evento en Cali con fines de presentar la guía y el contexto de producción, explicar los principales conceptos vinculados en esta publicación, realizar talleres de implementación de la guía sobre  concretamente los principios de la guía y extractos de archivos,  difundir ejemplares de la guía a través de los Centros de Documentación Musical de Colombia y de los participantes internacionales asistentes al evento. El apoyo del Ministerio de Cultura de Colombiay la participación autofinanciada de instituciones latinoamericanas permitió que estuvieran representadas, además de otras entidades colombianas, las instituciones siguientes: Continuer la lecture de Conclusiones de la 4a sesión del CASAE (Santiago de Cali, Colombia, 23 de noviembre de 2007)

  1. Comité operativo de censo y valoración de Archivos Sonoros y Audiovisuales Etnográficos de los países andinos []
  2. Esta sesión ha podido estar organizado gracias al apoyo del: el Ministerio de Cultura de Colombia, la Biblioteca Nacional de Colombia, l’Archivo General de la Nación Colombia, l’Instituto Popular de Cultura – Santiago de Cali, el Centro Cultural Comfandi. []